Le quartier Bab Al Shaaria est un des anciens quartiers du Caire. Jadis, c'était un quartier riche habité par les familles de la noblesse égyptienne. Puis il est devenu le lieu favori des commerçants, des artisans et des artistes. Bab Al Shaaria n'était pas seulement un lieu où se rassemblaient les divers métiers, mais aussi un endroit de brassage culturel de populations d'origines très diverses. Le Caire a un cachet particulier. Aussi nombreuses soient les villes qu'on visite, Le Caire demeure une ville exceptionnelle, différente de toutes les autres capitales. Mais comment s'explique cette particularité ? Est-cepar l'ancienneté de la ville ? Ses monuments ? Ses habitants ? Son mode de vie ? Ou tout simplement par l'amour que l’on ressent à son égard ?
Cet amour nous mène à plonger dans son histoire pour savoir un peu plus sur ses secrets. Les noms de ses rues, de ses places et de ses quartiers recèlent autant d'histoires et de secrets. Le Caire continue de faire la liaison entre le passé et le présent. Les histoires des temps anciens vous sautent à l'esprit dès que vous y posez pied pour vous vous promener dans ses allées et ses ruelles.
Bab Al-Shaaria a un drôle de nom si l'on sait que "shaaria" signifie en arabe (vermicelle). Ce sera donc le quartier des vermicelles. Il est un des anciens quartiers du Caire. Dans son ouvrage, Al Makrizi dit "Le nom de Bab Al Shaaria trouve son origine à une tribu des berbères du Maghreb, nommée Banou Al Shaaria (les fils d'Al-Shaaria).
Une partie du quartier Bab Al-Shaaria se situe dans l'enceinte du Caire fatimide et l'autre partie à l'extérieur. Le golfe égyptien (un canal artificiel creusé depuis le temps des Pharaons, et qui a ensuite était désensablé par le calife musulman Amr Ibn Al Aas) divisait Bab Al Shaaria du sud au nord: la région-est se trouvait à proximité de Gamaliyeh et de la rue de Hossayniyeh à l'est, et la région-ouest tout près des régions de Mouski et de Faggala.
Les deux régions n'étaient pas séparées dans le temps. Une arche a été construite sur le golfe depuis la création du Caire dans l’emplacement actuel de la place de Bab al Shaaria. En empruntant cette arche, on pouvait accéder au port d’Al Maqsi. Au début, les bateaux traversaient en dessous de cette arche. Ensuite, à l’époque de Makrizi, l’arche ne permettait plus le passage des navires. Au niveau du portail d’al-Fotouh, une autre arche fut bâtie et fut baptisée « Qantera Bab Al-Shaaria ». Cette arche permettait aux bateaux de naviguer jusqu’à ce que l’on appelait « Ard Al-Tabala » ou la terre de Tabala, là où est situé actuellement le quartier d’Al-Daher. Sur la carte de l’Expédition française en Egypte, les Français l’appelèrent « Qanater Al Kharoubi ».
Le pont construit sur le golfe a aidé à l’expansion du quartier de Bab Al-Shaaria. Les habitants avaient le privilège de sortir de l’enceinte du Caire fatimide et, ainsi, l’urbanisation s’était proliférée de l’est à l’ouest.
Creuset des nobles et des artisans
Bab Al-Shaaria était à l’image d’un creuset où se mélangeaient diverses nationalités et races : au début, Bab Al-Shaaria était occupé par les nobles avant de devenir au fil des années le lieu des artisans, des commerçants et des artistes.
Sous l’époque ottomane, jusqu’à au temps de l’Expédition française, certains nobles, des mameloukes et des personnages de la haute bourgeoisie habitaient dans de magnifiques demeures donnant sur le golfe égyptien et le lac Al-Ratli, tandis que la populace vivait dans les cimetières ou dans les « wikala », terme qui signifie souk. De grandes familles de la noblesse continuaient de vivre à Bab Al-Shaaria jusqu’au début du 21e siècle. Des noms de famille illustres comme les familles du cheikh Al-Aroussi, du cheikh Al Qouésni, Al-Hariri ou Al-Chobri. A l’exception de ces quelques grandes demeures longeant la rive du golfe et donnant sur le lac, Bab Al-Shaaria était la grande maison des artisans. Comme une grande partie de Bab Al-Shaaria se situait à l’extérieur de l’enceinte du Caire, ce quartier concentrait les métiers nuisibles à l’environnement qui étaient interdits de se trouver dans la ville comme les boulangeries, les boucheries, les abattoirs …etc. en plus des métiers qui demandaient un grand espace pour les exercer comme l’emballage des céréales et des fruits.
Bab Al-Shaaria était pour autant un petit quartier. Depuis toujours, il ressemblait à une ruche d’abeilles qui desservait les quartiers avoisinants. Plusieurs communautés d’artisans ont habité ce quartier.
- Les bouchers y étaient nombreux, un abattoir étant construit à l’autre côté de l’enceinte de la ville du Caire, soit dans Bab Al-Shaaria.
- Les cuisiniers aussi s’y concentraient. Près de trois mille cordons bleu occupaient Bab Al-Shaaria et avaient leurs propres « Qahwa », un terme qui signifie petit café populaire en arabe, comme Qahwet Senior.
- Les pâtissiers et les métiers qui y sont liés florissaient également à Bab Al-Shaaria. Ils fabriquaient les friandises du Mouled comme les poupées en sucre pour filles et les chevaux pour les garçons. Les pâtissiers de Bab Al-Shaaria exercent jusqu’à nos jours leur métier avec beaucoup d’amour surtout au temps des fêtes.
- Les bains publics. A Bab Al-Shaaria se trouvaient trois grands bains publics, hammams. Ces bains publics avaient beaucoup d’effets positifs sur le quartier. Les cafés et les boucheries livraient les courses aux clients des hammams à longueur de journée. Les vendeurs de fèves utilisaient les chauffages à gaz des bains publics pour faire cuire le « foul medamess ».
- Les charcutiers, les poissonniers, les cordonniers, les légumiers et les fruitiers.
- Les danseuses habitaient aussi à Bab Al-Shaaria, dans une ruelle appelée Haret Al Awalem (La venelle des danseuses). Elles animaient les fêtes de mariage avec leurs danses et leurs youyous joyeux.
- Al Arbaguia (les caléchiers). Ceux-ci habitaient au souk aux vaches se trouvant à proximité de la gare.
- Les fettewas (les bagarreurs) dont le métier était de défendre les habitants du quartier contre les intrus.
De célèbres personnages, habitants de Bab Al-Shaaria
-Mohammed Abdel Wahab, surnommé "Mousikar Al Ajial" ou "Musicien des Générations", né au Caire et mort le 3 mai 1991dans cette même ville, est un chanteur et compositeur égyptien, très populaire sur la scène arabe.
Abdel Wahab a joué de l'oud bien avant de rencontrer le poète Ahmed Chawqi qui lui fera découvrir le répertoire symphonique occidental (voir, entre autres, sa chanson J'aime la liberté qui débute par des notes empruntées à Beethoven). Il a joué dans plusieurs films et a composé dix chansons pour Oum Kalthoum. Chanteur, compositeur et luthiste, il est considéré comme l’un des principaux artisans du renouveau de la musique arabe.
-Mahmoud Choukoukou est un fameux acteur égyptien. Il a commencé sa carrière comme charpentier avec son père et a continué à travailler avec lui jusqu’à l’âge de vingt-trois ans.
Chokoukou rejoint une armée de troupes d’acteurs en Irak qui se produit dans les cafés face à l’atelier de son père alors qu’il a du temps libre. Ce qui a commencé comme un loisir s’est transformé en une passion, et Choukoukou a commencé à se produire aux mariages ainsi que dans d’autres troupes comme « Hassan 2 Al-Maghrabi et « Mohammed 6 » et où il a commencé à acquérir une certaine renommée. Même s’il était analphabète, Choukoukou a pu avoir un impact énorme sur le monde de l’art dramatique, et on se souviendra toujours de son personnage de marionnette « Aragouzsho » qui est encore enseigné à l’Institut de musique et à l’Institut d’art dramatique d’aujourd’hui.